En version courte, Pippo est un tout petit berger créole. Tout petit, parce que généralement les bergers créoles sont plus grands que lui, il a un physique de gros Teckel bodybuildé, plus exactement il a l’aspect du croisement d’un Teckel (pour le rapport hauteur/longueur) et d’un Staffie (pour le côté massif).

En pratique, Pippo est un « cocotier ».
Les chiens créoles ont des dénominations différentes (et parfois folkloriques) selon l’île d’où ils proviennent.
Les chiens créoles qui viennent de l’île de la Réunion sont appelés « royal Bourbon ». À Saint-Martin où est né Pippo, on appelle ces chiens sauvages des cocotiers.
Pippo est donc un tout petit cocotier.


C’est quoi un berger créole ?

Voilà ce qu’en dit la SPA: Le berger créole est un chien originaire des Antilles, plus particulièrement de Guadeloupe, Martinique et de Saint Martin.  Issu de multiples croisements, le berger créole n’a pas de reconnaissance officielle auprès des instances cynophiles, que ce soit la FCI (Fédération Cynophile Internationale) ou la SCC (Société Centrale Canine). Il faut dire qu’en donner une description physique commune n’est pas aisé. De taille moyenne, parfois trapue, il pèse entre 10 et 20 kg. Ses poils sont courts, avec toutes les nuances de sable, marron ou noir. Ses yeux s’accordent à la couleur de son pelage. Sa tête, de dimension moyenne, porte un nez allongé au museau le plus souvent noir. On le reconnaît par deux signes distinctifs : sa queue à la base épaisse se finissant par une extrémité fine et ses oreilles tombantes qui lui donnent un air touchant.
 Ses ancêtres sont des chiens errants, des croisés, des sans famille. Sa domestication progressive commence au début du 20ème siècle. Mais aujourd’hui encore, de trop nombreux bergers antillais restent sans attache.

La réalité est un peu moins poétique.
En pratique ces chiens sauvages qui vivent aux Caraïbes (mais aussi à la Reunion, en Guyane et dans l’océan Indien) ne sont pas originaires de ces iles. Ils ont été importés lors de la colonisation. Au début du 17ème siècle, les premiers chiens arrivés devenus sauvages pour la plupart causaient des dégâts en s’attaquant aux animaux d’élevage. Les chiens domestiqués étaient des chiens d’attaque qui aidaient les propriétaires d’esclaves à traquer les fugitifs.


A Saint-Martin (d’où vient Pippo) la situation est encore plus critique que dans les autres îles.

Les chiens de Saint-Martin ont besoin de votre aide.
Ici, la situation est catastrophique… Tous les jous nous recevons des signalements, croisons des chiens errants ou abandonnés,…

Le plus affreux est que la culture ici fait que le chien est un ennemi de l’être humain : empoisonnement, exécution par arme à feux ou arme blanche,…
Les actes de maltraitances sont légions : abandons, coups, blessures, sous-nutrition, maladies,…

Collectif Animaux SXM



A force de se reproduire de façon anarchique, mais en se mélangeant en milieu clos (des iles), ces chiens sauvages sont arrivés à une forme d’homogénéisation, ce qui fait qu’un berger créole se reconnait finalement assez facilement en dépit de la variété des gabarits. La description de la SPA est très juste.
Ironiquement on peut dire que le berger créole est la seule ( ou disons une des rares ) races de chien « naturelle », qui s’est créée toute seule, sans intervention directe de l’homme.
Depuis cette période de l’esclavage dans les endroits concernés, le chien est associé à la haine et à la violence, un statut qui est resté gravé dans la mémoire collective et qui fait que les chiens aux Antilles (et par extension dans les territoires touchés par l’esclavage) ont une réputation épouvantable, et un sort qui n’est guère enviable.

Quelques lectures:

Le chien dans la société créole
Le retour du « chien-fer » en Martinique
Le chien est-il mal perçu en Martinique ?
Une histoire de chiens maltraités
Pour la reconnaissance du chien créole

Divers associations, dans les différentes îles, essaient de secourir ces chiens sauvages et de leur éviter un sort funeste. C’est la raison pour laquelle il n’est pas rare de croiser en France qui chiens antillais ou réunionnais.

D’où est-ce qu’il vient ?

Pippo vient de Saint-Martin, une île franco-hollandaise des Caraïbes, il a été trouvé dans un carton au bord d’une route, il avait approximativement 3 mois.
Je l’ai adopté auprès de l’association Collectif Animaux SXM. [Historique de l’association]

Pour le rapatriement, l’association fait appel à des voyageurs bénévoles, qui emmènent le chien avec eux en cabine. Il est donc arrivé par avion, un matin très tôt, à Orly
Je ne suis pas un grand sentimental, mais c’était un moment super émouvant.

Pippo et les transports

On me demande régulièrement si le transporter a vélo ne pose pas de problème, s’il reste tranquille, ne rouspète pas etc..
En fait depuis son arrivée en France, Pippo est toujours avec moi et en conséquence, je l’ai toujours transporté.
Lorsqu’il était petit je le transportais en sac à dos (avec des K9 Sports Sack, excellents sacs spécialisés, chers, mais vraiment bien, ils sont distribués chez nous par une jeune bretonne), à pieds au départ, puis en sac à dos à vélo, et maintenant avec le Bullitt où il a plus de place…et moi moins de probabilité de me casser la gueule.


Donc non, Pippo n’a aucun problème avec les transports, dès que les beaux jours arrivent (on ne roule pas sous la pluie) il a fait jusqu’à l’été 2025 des centaines de kilomètres par mois, régulièrement dans Paris à vélo, parfois nous faisions des sorties très longues (souvent au-delà de la centaine de kilomètres), toujours à vélo, nous allions presque tous les jours au bois de Vincennes ou au Parc des Buttes Chaumont (pour qu’il puisse courir avec d’autres chiens), à vélo etc…
Depuis l’été 2025 nous sommes en Bretagne, à Lorient, et nous continuons à nous déplacer à vélo, tout particulièrement pour les courses en ville, Lorient qui est infiniment plus calme que Paris s’y prête bien (je peux laisser Pippo dans le Bullitt le temps d’entrer dans un magasin faire des courses, ce qui était impensable à Paris).

Bref, le vélo est quelque chose qu’il connait bien et qui ne lui pose pas de problème..

Au départ il était attaché par son harnais à la caisse du Bullitt, depuis début 2024 (en gros lorsqu’on a arrêté la laisse) il ne l’est plus.

La même chose se produit avec les transports motorisés. Pippo a fait des tas de kilomètres en voiture, y compris dans des conditions originales (j’ai une vieille Renault décapotable).

Cet été (2025) j’ai déménagé en Bretagne (j’habitais à Paris). J’ai déménagé en deux voyages, il a fait au total 1700 km en camion, sans aucun problème.

En pratique c’est comment un berger créole

Un berger créole c’est avant tout un chien plutôt malin et débrouillard, foncièrement gentil, et à la base un peu craintif (because départ dans la vie généralement un peu rock’n roll).


Au fil du temps, l’image du cocotier apparaît très contrastée.
– D’un côté c’est un petit chien sauvage, robuste, jamais malade, extrêmement résistant, capable au besoin de se défendre une fois qu’il a bien intégré son environnement (Pippo est capable d’envoyer bouler des chiens qui font deux fois son poids).
– D’un autre côté, c’est un chien craintif, dont la lignée a évidemment mené des vies dures, intelligent, excellent comédien, à la limite du roublard, qui sait parfaitement bien jouer les petites choses fragiles lorsque le contexte s’y prête.

Au chapitre “roublard”, Pippo qui n’a plus de laisse depuis deux ans (en 2026) fait très bien la différence entre un chien en liberté et un chien en laisse. Il en est devenu un poil pervers.
Il a compris qu’un chien en laisse ne peut pas se défendre, s’il s’agite, par réflexe le maître va tirer sur la laisse pour le retenir.
Du coup il n’hésite pas à faire un cinéma pas possible aux gros chiens en laisse qu’il croise, un truc du genre “t’a voir ta gueule à la récré” avec grognements, dents sorties etc.. alors que si l’autre chien avait été en liberté il se serait fait tout petit entre mes jambes.

Au final lorsqu’on vit au quotidien avec lui, et qu’il a eu le temps de vous analyser, de vous apprendre, c’est un petit chien extrêmement facile à vivre, qui comprend tout très vite, s’adapte très rapidement et arrive avec une précision étonnante à comprendre le langage naturel humain (il n’a pas la parole mais n’en a pas vraiment besoin)..

Par ailleurs, c’est un chien très tonique qui a besoin de se défouler, il cours en moyenne une heure et demie et deux heures par jour (en dehors des sorties hygiéniques). C’est un point pas anodin. S’il ne sort pas il fait des loopings à la maison.

Pippo est à la fois assez réservé, pas toujours hyper sociable avec les chiens et les humains qu’il ne connait pas, et à l’inverse il est extrêmement sociable et démonstratif (trop parfois) avec les chiens et les humains qu’il connait et qu’il aime bien. À ça s’ajoute qu’il a la trouille des chats.
Pippo et les chats c’est un truc compliqué, parce qu’il n’est pas assez gros pour faire peur aux chats.


Comme je l’ai écrit au-dessus Pippo est foncièrement gentil, et n’a pas la moindre once d’agressivité. Il ne sait d’ailleurs pas comment réagir face à de l’agressivité. Il sait très bien feindre l’agressivité mais pas la mettre en pratique. Deux fois il s’est fait mettre un taquet par un chat estimant qu’il était sur son territoire, et le temps qu’il réalise ce qui venait de se passer, le chat s’était déjà mis à l’abri.

Pippo est craintif et n’a donc aucune agressivité, c’est vrai, mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas capable de se défendre ou de réagir lorsque l’opposant est d’une taille comparable. Dans la série de photos en dessous, un chien a envisagé de lui piquer sa balle alors qu’il jouait avec au bois de Vincennes.

Dans un cas comme celui-là, il ne mord, pas, ne cherche pas à blesser, mais en revanche il est capable de jouer les gros durs de façon très convaincante.
Pour le reste j’ai lu pas mal d’âneries un peu partout.
Par exemple qu’il ne peut pas vivre en appartement à cause de son passé d’errance (le gars qui a écrit ça n’a du voir un berger créole que de très loin) ou bien que La vie en appartement dans les grandes villes n’est pas faite pour lui et pourrait être source de troubles du comportement (destruction, aboiements…). Pippo aboie très peu et n’a jamais rien détruit (en revanche il pique les chaussettes à une vitesse stratosphérique). Quant à la vie en appartement elle est tout à fait possible dans la mesure ou le chien sort régulièrement se défouler (ce qui est le cas de Pippo qui va courir dans un bois ou un parc tous les jours).
J’ai lu également que la santé du Berger Créole est robuste, aucune maladie spécifique à ce chien n’a été repérée à ce jour. Cette race ne craint pas la chaleur puisqu’elle est habituée à vivre dans des climats chauds sur les îles. (spoiler : Pippo a horreur du soleil).

Le rapport de Pippo avec la solitude est un peu particulier parce que nous sommes a minima 20 heures par jour ensemble. Lorsque je le laisse, je le lui dis, (c’est contraire à toutes les recommandations d’éducateurs qui conseillent généralement de partir en douce, moi je lui explique que je m’en vais). il fait alors une tête de chien très malheureux (un truc dans lequel il excelle) et généralement il s’endort.
Il a mis du temps avant d’intégrer que lorsque je pars.. je reviens toujours, mais c’est acquis. Je crois que c’est la clé pour arriver à laisser son chien seul.

Les aspects pratiques

Pippo a été propre environ 2 mois après son adoption. Il avait un peu plus de 3 mois, ce qui veut dire qu’il a été totalement propre à un peu moins de 6 mois. Ça s’est fait en deux temps, le premier mois il a commencé a être propre juste à la maison, il a fallu un mois de plus pour qu’il soit propre partout à 100%.

Petit détail pas anodin, j’ignore si tous les bergers créoles sont comme ça, mais Pippo a le poil qui s’épaissit beaucoup en hiver. Une couche de « sous-poil » (je ne connais pas le terme technique exact) pousse, qui lui permet d’être assez indifférent au froid et à la pluie. Il est par ailleurs auto-nettoyant comme la plupart des chiens.
C’est très bien.. sauf au printemps lorsqu’il mue. A ce moment là il perd 300 fois son poids en poil par jours, c’est un truc de dingue. À cette période l’aspirateur devient mon meilleur ami au quotidien.

Pour son alimentation il est nourri depuis le début avec des croquettes Amikinos . Je lui mets à disposition sa gamelle de croquettes vers 13h/13h30, ensuite il gère comme il veut ses repas. Parfois il fini tout immédiatement, parfois il en mange la moitié et termine le reste vers 17h lorsque nous rentrons de balade.
Avant d’attaquer ses croquettes il mange une tranche de jambon (peu de sel et sans nitrites…).
Après, parfois un petit bout de Gouda jeune (il adore ça), pas très souvent parce que le fromage lui détraque un peu l’estomac (en clair il en vient à choper une diarrhée), ce qui est dommage parce qu’il adore vraiment ça, surtout avec les fromages qui sentent. Il est fan des fromages du Nord par exemple, il peut se taper un énorme bout de Vieux Lille ou un Maroilles AOP tranquillou. Le truc c’est qu’ensuite il a la chiasse.
Côté friandises, il aime beaucoup celles de Lilly’s Kitchen.
Un chien ça boit énormément, j’ai des wagons de gamelles pliantes, j’en ai partout, dans le sac , dans le vélo etc…. c’est super commode.
Au regard de sa taille il a un solide appétit, mais comme d’un côté il fait beaucoup d’exercice ,et que de l’autre il ne mange que des produits de qualité, il ne grossit pas.

Je suis passé par toutes les étapes classiques, longe, laisses etc…
J’ai arrêté la laisse le jour de nos 1 an de vie commune (en février 2024) il avait donc 1 an et 4 mois. On a préparé ça des mois à l’avance en travaillant beaucoup la traversée des rues etc…
Depuis je n’ai jamais eu de souci, lui peut donner libre cours à sa curiosité naturelle, et moi …je ne suis plus en laisse.
Il n’est attaché qu’à quelques rares moments : lorsque nous devons entrer dans un magasin non-alimentaire (les autres je ne l’y emmène pas), ou bien lorsque nous devons prendre les transports en commun (assez rarement) . Je lui mets alors son harnais et ce dernier est fixé au sac K9 Sports Sack dont il ne peut, ni sortir, ni tomber.
Je n’utilise plus le harnais qu’avec le sac, en temps normal il a un simple collier avec mon numéro de téléphone, au cas assez improbable où il se perdrait.